• Rénovation de la statue de du Guesclin à Caen



                                                       Caen : la statue Duguesclin s'offre une cure de jouvence

         Mardi 7 décembre 2010, l'entreprise Socra, spécialisée dans la restauration des mosaïques et des pavements, a procédé à la dépose de la statue Duguesclin, place Saint-Martin à Caen.
         Il a fallu quatre heures aux ouvriers pour la déloger de son promontoire, puis dix heures pour la conduire à  Périgueux (Dordogne), où elle a rejoint l'atelier. Trois techniciens sont chargés de lui offrir une seconde jeunesse, en vérifiant notamment la structure de son armature métallique. La statue doit revenir à Caen au début du printemps.

       Par Maxence GORREGUES le 07/12/2010
      
     
       Présentée au Salon par Arthur Le Duc présente au Salon cette statue équestre sous forme de plâtre en 1912, puis de bronze en 1914. Après la mort de l'artiste, elle est offerte au conseil général du Calvados par sa veuve. En 1921, l'œuvre est installée au centre de la place Saint-Martin à Caen. Sur le piédestal, dessiné par l'architecte Guillemin-Tarayre, est gravée en 1925 une inscription précisant qu'il s'agit d'une représentation de Du Guesclin.

        Le soin apporté au traitement du vêtement, à l'armure et à l'équipement du cheval donne à la scène une vérité historique. Le mouvement apparaît comme le véritable sujet de l'œuvre, à une époque où cette question préoccupe nombre d'artistes.

       Parties protégées : statue avec son socle
       Protection : ISMH, 18/08/2006
        Propriétaire : Commune

    Rénovation de la statue de du Guesclin à Caen


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  • Bertrand du Guesclin: statue au château de Versailles

    Statue de Bertrand du Guesclin, château de Versailles. 

        Auteur : Jean-Joseph Foucou (1739-1815) 

        Date de création : 1799         Période : Moyen-Age 

        Technique : Marbre               Dimensions : 229x90x72 cm  

       En 1787, Foucou adressait au comte d’Angiviller une lettre réclamant l’honneur d’une commande. Depuis 1776, le directeur des Bâtiments du roi avait en effet commencé une série de commandes, quatre tous les deux ans, de statues d’Hommes Illustres français.
       Le projet, destiné à faire du Louvre un véritable musée de l’Histoire de France et de ses héros les plus vertueux, rendait hommage aux grands serviteurs de la monarchie, militaires, intellectuels ou hommes politiques. Le programme rencontra une approbation quasi générale. Un critique écrivait ainsi : « Peut-on trop applaudir à l’idée véritablement patriotique de faire ainsi revivre les grands personnages dont s’honore la France ? […] Tous contribuent à me rendre meilleur. Tous font rejaillir sur moi quelques rayons de la gloire nationale et je me félicite d’être français. »
       L’œuvre de Foucou ne fut achevée que sous le Directoire et exposée en 1799. Son iconographie trouvait cependant un écho dans l’actualité militaire de l’époque, rappelant l’éternelle rivalité avec l’ennemi anglais héréditaire.

         Bertrand du Guesclin, connétable de France à partir de 1370, est figuré en pied, à la bataille de Cocherel, qui, en 1364, opposa l’armée du Charles V à celle regroupant les troupes de Charles II de Navarre et les archers anglais. Cet épisode de la guerre de Cent Ans qui correspond à l’avènement de Charles V, marque la fin de la première partie du conflit et le rétablissement de l’autorité royale aux yeux de la population.
       Du Guesclin est représenté en action, la visière du heaume relevée et désignant l’ennemi d’un geste de commandement du bras droit.

     


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           La demeure du chevalier Bertrand du Guesclin  ( ouverture toute l'année 9h.-18h.) 

       Le chevalier Bertrand Du Guesclin s’illustra durant la guerre de cent ans au XVème siècle.

       Son courage, sa combativité, son sens de l’organisation et du commandement le firent passer du grade de capitaine à celui de grand connétable des armées du royaume de France.

        Il fit construire pour son épouse Tiphaine de Raguenel une demeure au Mont Saint Michel qui était, en ces temps dangereux, l’une des places fortes les plus sûres et les mieux protégées du royaume.

       Tandis que Bertrand Du Guesclin s’illustrait par sa bravoure sur les champs de bataille, Tiphaine de Raguenel, qui était astrologue, lisait dans les étoiles le destin du monde.

      Venez vous plonger dans l’univers d’un couple atypique du XIVème siècle en visitant le Logis Tiphaine du Mont Saint-Michel. Cette demeure a appartenu au chevalier Bertrand de Guesclin, qui était chargé de la cavalerie de guerre de Charles V, alors Roi de France, et à sa femme, Tiphaine de Raguenel, astrologue qui avait prédit de nombreux faits historiques de l’époque. Au logis Tiphaine du Mont Saint-Michel, les visiteurs pourront donc admirer entre autres la décoration du logis gardée telle quelle, une ceinture de chasteté d’époque, une armure ayant appartenu au chevalier Bertrand du Guesclin, et le cabinet d’astrologie de Tiphaine De Raguenel. Les portes de cette demeure sont ouvertes de début février à mi novembre.

       Logis Tiphaine Mont Saint Michel
         Rue Principale
                50170 LE MONT-SAINT-MICHEL


       La visite de cette demeure historique vous fera découvrir le cadre de vie d’un chevalier du Moyen Âge avec son mobilier d’époque, l’armure du chevalier Bertrand Du Guesclin et le cabinet d’astrologie de Tiphaine de Raguenel.


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  • Cette maison, illustrée par le célèbre connétable, s'est appelée tour à tour Waglip, Gayclip, Guarplic, Guerplic, Glerquin, et dans les chroniqueurs Claquin, Glaquin, Glayequin, etc.; ce qui prouve combien il faut attacher peu d'importance aux variations constantes et souvent radicales que présentent les noms propres. Son origine ne montre pas moins d'incertitude. Le Père Anselme lui donne pour premiers auteurs Richer, vivant au VIe siècle dans le manoir de Gaiplic, et Clamaroch, son fils, qui donna à l'abbaye du Mont Saint-Michel diverses terres par un acte dont Geoffroy de Dinan, son seigneur suzerain, fut un des signataires.

        Le Nobiliaire de Bretagne, de M. de Courcy, contrairement à l'opinion du Père Anselme, fait descendre le connétable du Guesclin de Salomon, bâtard de Dinan, en 1039. Ces contradictions font voir quelle circonspection il faut apporter quand il est question des degrés généalogiques de la plupart des grandes maisons elles-mêmes antérieurement au XIIe et souvent au XIIIe siècle.

        Geoffroy Waglip, au retour de la Terre sainte en 1180, confirma une donation que sa mère Floride avait faite trente ans auparavant à l'abbaye de la Vieuville. C'est en vertu de cet acte que le nom et les armes des du Guesclin ont été mis dans les salles des Croisades au musée de Versailles.

        La filiation donnée par le Père Anselme (tome VI, page 178) ne commence à être authentique, à donner le nom des femmes et à mentionner les alliances, qu'à partir de Pierre du Guesclin, IIe du nom, chevalier, seigneur du Plessis-Bertrand, et de Bertrand IV, son frère cadet, qui forment dans cet ouvrage le huitième degré. Pierre II épousa :

    1. Mahaud de Broons, fille et héritière de Robert, seigneur de Broons ;
    2. Alix, dont il eut Thiphaine du Guesclin, mariée à Bertrand de Châteaubriand;
    3. Jeanne de Montfort, dame de Largentaye, de Plancoet et de Montbrau en Lamballe, dont il eut Pierre du Guesclin, fait prisonnier à la bataille d'Auray en 1364 par Guillaume Latimer, et marié à Julienne de Denonval ; de cette union était issue une fille unique, Thiphaine du Guesclin, femme de : A. Jean de Beaumanoir (assassiné le 14 février 1385, jour du mardi gras, par son métayer, dont il avait séduit la fille); B. Pierre de Tournemine.
    1. Bertrand IV du Guesclin, frère puîné de Pierre II, mentionné plus haut, épousa Jeanne de Broons, soeur de Mahaud, dont il eut : 1° Guillaume, qui suit ; 2° Hugues du Guesclin, qui porta la bannière à la croisade des rois de Castille et de Portugal contre les infidèles, et combattit à Salado le 30 octobre 1340 ; 3° Marie du Guesclin, femme d'Hervé, seigneur de Mauny.

    2. Guillaume du Guesclin, seigneur de Broons, veuf sans enfants d'Alix de Dinan, se remaria avecBe N... de BEaumont. Du second lit il eut 1° Robert, qui suit ; 2° Bertrand du Guesclin, auteur de la branche de la Roberie, rapportée ci-après ; 3° Olivier du Guesclin, seigneur de la Ville-Anne, chevalier, qui obtint, le 31 décembre 1344, de Charles de Blois des lettres de rémission pour les excès qu'il avait commis dans les guerres de Bretagne ; 4° Jeanne du Guesclin, femme de Guillaume de Budes.

    3. Robert du Guesclin, chevalier, seigneur de Broons, suivit le parti de Charles de Blois et de Jeanne de Bretagne contre le comte de Montfort, et mourut en 1353. Il avait épousé Jeanne Malesmains, dame de Sens en la seigneurie de Fougères, fille de Fouques Malesmains, seigneur de Sens et de Vieuxvy. Leurs enfants furent :                                                                                                                                    - 1° Bertrand, qui suit ;                                                                                                                         -2° Olivier du Guesclin, comte de Longueville, seigneur de la Guerche, de Broons, de la Rochetesson, etc., qui servit dans les guerres de Bretagne et de Flandre de 1360 à 1388, fut connétable de Castille, et vit sa renommée éclipsée par celle de son frère aîné ; il mourut en l'an 1400, ne laissant pas de postérité de son union avec Peronelle d'Amboise, fille d'Ingerger, seigneur d'Amboise, de Montrichard, de Chevreuse, etc., et d'Isabeau de Thouars ; mais on lui donne pour enfant naturel Jean, bâtard du Guesclin, qui servait en 1415 ;                                                                                     -3° et 4° Guillaume et Robert du Guesclin, qui servirent dans les guerres de Bretagne, et moururent sans alliance,                                                                                                                                       -5° Julienne du Guesclin, religieuse, qui, s'étant réfugiée à Pontorson chez sa belle-soeur, repoussa l'assaut des Anglais et sauva le château en renversant leurs échelles                                                    -6°-7° Louise et Jeanne ;                                                                                                                     -8°ColetteduGuesclin, femme du seigneur de Saint-Jean ;                                                                                                                                                   - 9° Agathe du Guesclin, religieuse ;                                                                                                      -10° Clémence du Guesclin, qui, veuve de Raout, seigneur de Beauchamp, se remaria à Fralin de Husson, seigneur de Ducé.

      N. B. Louise du Guesclin, d'après des documents domestiques où elle est appelée Loyette, paraît avoir épousé en 1350 Pierre de Fourneau, chevalier, seigneur dudit lieu, originaire de Normandie, dont les descendants actuels figurent dans l'Annuaire de la noblesse de Belgique sous le nom de Fourneau de Cruyckenbourg.

    4. Bertrand, devenu si illustre sous le nom de connétable du Guesclin. Avec le connétable Bertrand du Guesclin s'éteignit la descendance directe de la branche aînée. Mais il s'en était détaché une branche, celle des seigneurs de Vauruzé et de la Roberie, qui est issue d'un oncle du connétable et qui s'est alliée avec les familles Blanc de la Roberie, Pépin, Bouillé, la Morelière, Ancenis, Morin de la Porte, Sévigné, Denée de la Motte, de Gennes, Haussart de Bours et de Boucheron, Auvé de la Ventrouze, des Vaulx de Levaré, du Chastellier, le Garengier, Chasteigner de la Châteigneraye, Dreux de Brezé, etc.

      A cette branche, maintenue dans sa noblesse d'ancienne extraction par arrêt du 15 janvier 1669, appartenaient : Jean du Guesclin, chevalier, qui épousa, le 20 juillet 1430, Jeanne de Sévigné, fille aînée de Guillaume, seigneur de Sévigné, et d'Anne de Mathefelon, dame des Rochers ; Joachim du Guesclin, seigneur du Plantis, écuyer des ducs d'Aumale et d'Elbeuf, député aux états généraux tenus à Paris en 1593 ; René du Guesclin, conseiller au grand conseil en 1638 ; René du Guesclin, seigneur de Beaucé, qui fit enregistrer ses armes (ainsi que ses soeurs Julienne et Marie-Anne) dans l'Armorial général, registre de la généralité de Tours, bureau de Château-Gonthier ; Bertrand du Guesclin (Glesquin), seigneur de la Roberie, dont la veuve, Renée Pépin, fit enregistrer les armoiries en 1697 avec les siennes : d'azur, au chevron componné d'argent et de gueules, accompagné de trois pommes de pin d'or renversées. Bertrand du Guesclin, fils du précédent, fit aussi inscrire dans l'Armorial général son blason avec celui de Renée Gouret, sa femme, qui portait : de gueules, à la fasce d'or. Leurs enfants furent : Bertrand César du Guesclin, qui suivra, et Bertrand Jean Baptiste René du Guesclin, son frère, né le 30 août 1703, chanoine et grand vicaire de l'archevêché de Rouen en 1729, évêque de Cahors de 1741 à 1766. C'est à eux que s'arrête le travail généalogique du Père Anselme (tome VI, page 197).

      Bertrand César du Guesclin, seigneur de la Roberie et de Montmartin, son fils, appelé le marquis du Guesclin, né le 12 novembre 1694, capitaine au régiment du Roi, infanterie, puis mestre de camp de cavalerie et premier gentilhomme de la chambre du duc d'Orléans. Veuf en 1723 de Marguerite Rose Dreux, fille de Thomas Dreux, marquis de Brezé, lieutenant général et grand maître des cérémonies de France, il se remaria le 9 février 1728 avec Marguerite Bosc, fille de Jean-Baptiste Bosc, procureur général de la cour des Aides, dont il eut : 1° Philippe du Guesclin, né le 18 décembre 1728, mort au mois de juin suivant ; 2° Françoise Marie du Guesclin, née le 14 juillet 1737, mariée le 4 avril 1758 à Louis Joachim Potier, duc de Gesvres, pair de France, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire le 7 juillet 1794, dernier rejeton mâle de sa maison. Avec la duchesse de Gesvres s'éteignit aussi le nom de du Guesclin.

      Armes : d'argent, à l'aigle éployée de sable, membrée et becquée de gueules, et couronnée d'or. Couronne de marquis. Devise : DAT VIRTUS, QUOD FORMA NECAT.

      La branche cadette brisait d'une cotice de gueules, brochant sur le tout.

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  • Du Guesclin, qui n'avait point eu d'enfants de Tiphaine Raguenel, sa première femme épousa, en secondes noces, au mois de janvier 1373, Jeanne de Laval, dame de Châtillon et de Tinténiac.

       Ce mariage, qui ne fut pas plus fécond que le premier, fut célébré à Rennes, avec de grandes réjouissances, et à la satisfaction de toute la Bretagne.


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  • Du Guesclin combat l'anglais sur la terre espagnole.

        L'expédition durera cinq ans, au cours desquels Bertrand se couvrira d'honneurs : il est même fait roi de Grenade !

        Pendant ce temps, Tiphaine reste en Bretagne. Les astres lui ont-ils révélé les frasques de son mari ? A-t-elle jamais appris qu'il a deux fils d'une mystérieuse « dame Soria »*, suivante de la reine d'Espagne ?

      La chronique raconte comment celle-ci discuta avec d'autres dames d'honneurs de la première fois qu'elle vit Bertrand : « Etudiant la mine de Bertrand, dont elles avaient tant entendu parler, s'entretinrent sur son chapitre ; l'une d'elles, tout étonnée de son extérieur ingrat et de son air tout disgracié, ne peut s'empêcher de dire :

        - Mon Dieu qu'il est laid ! Est-il possible que cet homme ait acquis dans le monde une si grande réputation ?

        La seconde répondit qu'il ne fallait pas juger des gens sur les apparences et qu'il lui suffisait qu'il fût brave, intrépide, heureux et sortant avec un succès incroyable de toutes les expéditions qu'il entreprenait.

         La troisième enchérit encore sur la seconde, en faisant remarquer aux deux autres qu'il était d'une taille robuste, qu'il avait les poings gros et carrés, qu'il avait la peau noire comme celle d'un sanglier, et qu'on ne devait pas s'étonner s'il en avait la force et le courage. »

         La « Dame de Soria » ayant sa charge à la cour d'Espagne, elle a souvent l'occasion d'y voir Bertrand. c'est ainsi que naît leur idylle.

        Pourtant, le Breton n'oublie pas Tiphaine. Au contraire, il lui envoie tous ses trésors, ses butins, les titres de ses conquêtes. Il est vrai qu'il n'a jamais aimé s'affubler ni de richesses ni de décorations d'aucunes sorte ; mais ces somptueux cadeaux qu'il lui fait expédier à toutes occasions sont une autre façon de lui dire qu'il pense à elle.

        Les mois, les années passent. Un beau jour, cependant, l'Espagne pacifiée, du Guesclin reprend le chemin de la France. Jamais, il ne reverra la mère de ses enfants espagnols.  Il revient à Tiphaine Connétable de France, c'est-à-dire le second personnage du royaume après le roi. Mais qu'importe à Tiphaine d'être comtesse de Longueville, duchesse de Tristamare, reine de Grenade, si c'est être de si long mois loin de son mari !   *Il laissa en Espagne deux bâtards qui lui furent donnés par la "dame de Soria", l'une des suivantes de la reine Jeanne, femme d'Henri II de Castille et dont les descendants sont les actuels marquis de Fuentes.


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  • Bertrand du Guesclin

     


          L'année 1370 allait apporter à Bertrand Du Guesclin en même temps que la reconnaissance royale, un surcroît d'honneurs : Charles V en effet l'élevait à la dignité de Connétable de France. On voit ici Du Guesclin recevoir l'épée de la main du roi.
        Au service du roi Jean le Bon,  il attaque et rançonne les Anglais qui s'aventurent dans la forêt de Brocéliande, en Bretagne du Nord. La guerre de Cent Ans vient de commencer. Bertrand réinvente le harcèlement des troupes par ruses et subterfuges, qu'on appelle aujourd'hui guérilla et qui, de tout temps, sut faire échec aux armées les plus puissantes. Il devient vite la terreur des occupants qui l'ont surnommé « le Dogue noir de Brocéliande ».

        Ces débuts épiques ont mené du Guesclin vers la gloire. A trente-sept ans, le voilà chevalier, seigneur de la Motte Broons, capitaine ... Elles sont loin les années de maquis, mais les Anglais craignent plus que jamais ce petit homme « de grosse et rude taille » dont le nom devient célèbre dans toute la France. Il reste le plus sûr atout du Dauphin (futur Charles V), qui a pris la régence du royaume en l'absence de son père, le roi Jean le Bon, retenu prisonnier à Londres.

        L'Anglais n'accepte de restituer son otage que contre espèces sonnantes et trébuchantes. De plus, il en profite pour accuser Bertrand de trahison et demande un duel, pour le soumettre au jugement de Dieu ... histoire de prouver, par la même que le Breton n'est pas si invincible que cela ! La place du Marché, à Dinan, est alors transformée en champs clos où vont s'affronter les deux adversaires, pour la plus grande joie des populations avoisinantes. On a confiance en Bertrand qui a déjà fait mordre la poussière à tant d'Anglais ... mais cette fois, il a affaire à forte partie : Thomas de Canterbury est renommé pour sa puissance au combat.

        Aussi est-ce avec un rien d'inquiétude que l'on voit pénétrer en lice un Bertrand portant sur son armure la tunique aux couleurs des Du Guesclin : aigle noir à deux têtes sur fond blanc barré d'une diagonale rouge. Les deux chevaliers jettent leurs destriers l'un contre l'autre, et bientôt jaillissent des étincelles dans le fracas des épées contre les armures et les écus. Bertrand tombe à terre, au grand dam de la foule anxieuse ; Sans attendre qu'il se relève, Canterbury pousse son cheval à la charge. Mais le Breton a tout de même eu le temps d'envoyer promener une partie de son lourd harnachement, ce qui le rend plus libre de ses mouvements. Il désarçonne son adversaire qui n'en peut plus, lui ôte son heaume et commence à l'assommer de ses mains gantées de fer. C'en est fini du présomptueux.

        Les années passent : Bertrand n'a pas le temps de s'occuper de lui-même. Plusieurs fois fait prisonnier par les anglais, il a dû payer rançon pour être libéré ; mais il a aussi délivré Rennes, Melun, Ploërmel, ce qui lui vaut d'être nommé gouverneur de Pontorson par le Dauphin. Voilà Du Guesclin seigneur en son château, capitaine souverain pour le duché de Normandie, vassal mais aussi ami personnel du Duc de Bretagne. Et c'est cet ami haut placé qu'il prie d'intervenir pour réaliser son alliance avec Tiphaine Raguenel.

        La famille de la jeune fille est flattée d'une telle demande : voilà où sa bravoure a mené le petit Breton ! Et Tiphaine « au clair visage » se prend à aimer celui qui veut conquérir la gloire pour ses beaux yeux. Mais, dans les semaines qui précèdent son mariage, Bertrand est donné en otage par son suzerain aux Anglais, en gage d'une nouvelle trêve. Bertrand n'accepte qu'à condition d'être libéré au bout d'un mois : il est bien décidé à ne laisser aucun impératif, royal ou pas, empiéter sur sa vie privée. Cependant, le mois écoulé, son geôlier, Guillaume Felton, refuse de le laisser partir. Comme il a tout de même droit aux promenades à cheval, Bertrand en profite un jour pour lancer sa monture au triple galop et ainsi s'échapper. Cette fois, c'est pour lui-même qu'il se hâte : sa bien-aimée l'attend ; il lui tarde de la revoir enfin, celle qui lui est restée fidèle des années durant, sûre qu'elle serait un jour sa femme.

       Les noces sont célébrées en grande magnificence à Dinan, au milieu d'une liesse indescriptible : Bertrand du Guesclin est si populaire ! Toute la noblesse de Bretagne est également présente. Puis Bertrand à Auray doit prêter main forte à son suzerain, le duc de Bretagne. Le résultat ne se fait pas attendre : l'armée est défaite, le duc tué et Bertrand prisonnier après, il est vrai, s'être battu furieusement ; il a tout de même fini par céder aux injonctions de son vainqueur : « Messire Bertrand, au nom de Dieu, rendez-vous ! Vous voyez bien que la journée n'est pas vôtre! »
        Mais, les lois de la chevalerie ont parfois de quoi vous mettre du baume au cœur : en s'engageant sur l'honneur à ne point reprendre le combat que lorsqu'il aura entièrement acquitté sa rançon, Bertrand est mis en liberté provisoire et peut donc rejoindre sa femme à Pontorson.
          l'urne en plomb contenant le coeur de Du Guesclin est placée dans une cavité murale dans la chapelle du Rosaire L'inactivité forcée de son mari aurait pu être une aubaine pour la jeune femme, mais elle a assez de cœur pour ne pas se réjouir trop fort : après tour, il est malheureux de ne pouvoir voler au secours de son roi qui en a pourtant bien besoin. Bertrand est prisonnier en son propre château et, pour Tiphaine, la gloire de son seigneur compte plus que son propre bonheur.


    Finalement, c'est le roi Charles V, le Sage, qui paiera la dette de son fidèle vassal. Un mois plus tard, Bertrand a levé son armée ; il peut donc partir à la conquête de la France. Tiphaine lui donne sa bénédiction : « Sire, par vous ont été faits commencés, et par vous seulement, en nos jours, doit être France recouvrée. »
        Il se trouve en Poitou lorsqu'il apprend qu'elle est morte, dans l'isolement, comme elle a vécu, discrète compagne d'un homme qui était parti à la conquête de la gloire pour que l'on oublie sa laideur. Du Guesclin lui survivra sept ans, volant de victoires en triomphes pour s'éteindre quelques semaines seulement avant son roi, Charles V. Le 13 juillet 1380 à Châteauneuf-de-Randon en Auvergne. Il fut emporté par la maladie pendant le terrible siège de la ville. A l'expiration de la trêve, le gouverneur de la ville vint symboliquement déposer les clefs de la cité sur son cercueil.
       De Tiphaine, Guyard de Berville a dit qu'elle fut une incomparable femme, « dont le plus grand éloge est d'avoir été digne de Bertrand du Guesclin, comme il était le seul digne d'elle. »


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  • Charles V, gravure issue de l'ouvrage Histoire de France, par François GUIZOT, France, 1875.

      

      Une fois son père libéré, en octobre 1360, Charles V fut écarté du pouvoir et envoyé dans son duché de Normandie.

       Dans un premier temps, le dauphin se rendit auprès de son oncle l’Empereur germanique Charles IV, qui lui recommanda de s’attaquer en priorité aux grandes compagnies.

     

        En effet, la Normandie était alors frappée par les exactions de ces anciens mercenaires démobilisés, qui pillaient et rançonnaient la région, sous la bannière du roi d’Angleterre ou de Navarre.

     

        A cette époque, le mercenaire Jean Jouël, installé dans la forteresse de Rolleboise, rançonnait la Seine pour le compte d’Edouard III. Charles V décida alors de la racheter, et la détruisit peu de temps après par mesure de précaution.

     

        Par la suite, le dauphin, grâce à l’argent des impôts, parvint à mettre en place une petite flotte de guerre, destinée à protéger le commerce entre Paris et Rouen.

     

        Cependant, les compagnies n’étaient pas les seules à entretenir les troubles sur le continent. En effet, Charles le Mauvais continuait de lutter contre les Valois (il n’acceptait pas d’avoir été dépossédé du duché de Bourgogne par Jean II.).

     

        Le Navarrais possédait alors les places fortes de Mantes, Meulan et Vernon, situées en aval de la Seine. De ce fait, Charles le Mauvais pouvait instaurer des droits de péage à sa guise, afin de perturber considérablement le commerce vers la capitale.

     

        Charles V décida alors de réagir, confisquant les territoires du Navarrais en Normandie, et confia au breton Bertrand du Guesclin (nommé lieutenant de Normandie.) la tâche de rendre la sentence exécutoire. 

     


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  • Bertrand Du Guesclin reçoit la reddition de Burgos (1366).

    Grandes Chroniques de France
    France, Paris, XIVe s.
    (70 x 65 mm) 


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  •  Le connétable Bertrand peut s'enorgueillir, à titre posthume d'être sans nul doute le seul défunt du monde à posséder quatre tombeaux. Non quatre tombeaux successifs mais quatre résidences effectives pareillement authentiques.
        Il avait eu la mauvaise idée de mourir à la mi-juillet, au temps des fortes chaleurs, après avoir exprimé le désir d'être enseveli à Dinan en Bretagne. Cela posa des problèmes d'embaumement.
        A Chateauneuf-de-Randan (Lozère), on laissa mariner le corps selon une recette rudimentaire, quelques heures dans le vinaigre. Ensuite on fréta une voiture et on le mit en route dans son cercueil de chêne, encadré par ses chevaliers qui le pleuraient comme un père. C'était la saison, où comme disent les crémiers la marchandise tourne vite. Après dix heures de voyage quand on atteignit Le Puy il fallut bien se rendre compte d'une chose : en dépit du vinaigre le connétable sentait. Il sentait même très fort. On le déposa dans l'église des Jacobins et beaucoup d'habitants, informés de son passage, vinrent rendre hommage au grand capitaine.

        Au Puy le corps est embaumé, . A Montferrand, l'embaumement se révèle insuffisant : il faut faire bouillir les chairs pour les détacher des os et les ensevelir dans l'église . Au Mans, qu'on gagne par voie d'eau, un officier du roi apporte l'ordre de conduire le corps à St-Denis : le squelette lui est alors remis.

        Le lendemain matin, les moines constatèrent qu'il ne pouvait continuer son voyage sans de nouveaux assaisonnements. On le sortit donc de son emballage, on le coucha sur une table, on l'ouvrit proprement à la manière d'un poisson, le cœur fut placé dans une boîte de plomb la Ventrada scellée en une cavité pratiquée dans la muraille de la chapelle consacrée à Ste Anne. les entrailles sont prélevées et enterrées dans l'église des Jacobins, aujourd'hui St Laurent. C'est là son premier tombeau. On peut le voir en gisant, les mains jointes, couvert de son armure, moins le casque qu'on ne donnait qu'aux guerriers tombés sur le champ de bataille, avec cette épitaphe :
    "Ci-gist honorable et vaillant messire Bertrand CLAIKIN, comte de Longueville, jadis connétable de France qui trépassa l'an MCCCLXXX, le XIIIème jour de juillet".Les consuls du Puy le régalèrent d'un service magnifique dans lequel 25O torches brûlèrent durant toute la cérémonie. La bière était couverte d'un drap d'or bordé de noir et brodé de ses armes. Un maître en théologie du collège prononça son oraison funèbre.

        Le lendemain, le cercueil se mit en route. Il fallut deux jours pour atteindre Montferrand par un temps orageux qui n'arrangeait pas les choses. Le duc de Berry avait ordonné aux consuls, notables, moines et abbés montferrandais de rendre à la glorieuse dépouille tous les honneurs qui lui étaient dus. Une procession interminable de religieux, civils, hommes d'armes alla attendre le convoi funèbre sur la route d'Issoire et elle l'accompagna chez les frères mineurs. Et là, une fois encore il fallut reconnaître une terrible évidence : Les assaisonnements du Puy n'avaient pas résolu le problème et Bertrand Du Guesclin puait plus que jamais.

    On décida donc de recourir aux grands moyens. Les cordeliers retroussent leurs manches, prennent dans la cuisine le plus vaste de leur chaudron, le remplissent d'eau à mi-hauteur et le mettent sur le feu. Se bouchant le nez ils s'efforcent ensuite d'y introduire le cadavre. Les chairs en sont flasques et noirâtres, mais les articulations bloquées, les membres raides sont comme des morceaux de bois. On arriva enfin à faire bouillir le cadavre, (avec des choux ? me demanda un plaisantin dans le car !) on enleva des os toutes les chairs qui furent ensuite inhumées dans l'église des Cordeliers détruite en 1793 par les révolutionnaires qui dispersèrent les cendres du connétable. Tel fut le second tombeau dans l'église des Cordeliers. Ce qui restait - les os seuls- réintégra la caisse trop grande. On boucha les vides avec de la laine. Puis le convoi reprit la direction de la Bretagne, honoré en tous lieux par des processions de gens en larmes.

        Au Mans, arriva une lettre du roi ordonnant que le connétable fut enterré à St-Denis au pied du tombeau préparé pour lui-même comme s'il eut été son propre fils. .Et ce fut la troisième sépulture de messire Bertrand. Charles V ne le laissa pas longtemps seul. Quelques jours plus tard il le rejoignit dans la basilique.
    Quant au coeur, dans sa boîte de plomb, il fut transporté à Dinan en l'église des Jacobin, aujourd'hui église Saint-Sauveur . Et ce fut le quatrième tombeau.

        Alors que les rois de France n'avaient que trois tombeaux (coeur, entrailles, corps) Du Guesclin, eut donc quatre monuments funéraires, dont deux avec des gisants : l'un au Puy représentant le connétable avec la barbe qu'il devait porter au moment de sa mort et l'autre à St-Denis où il montre un visage imberbe.

        Note sur la sculpture funéraire au 14è s. Elle prend un développement prodigieux favorisé par l'usage qui se répand à cette époque chez les rois et les princes. Ils ne se contentent plus d'un seul tombeau mais s'offrent le luxe d'une triple répartition : l'une pour le corps, la seconde pour le coeur, la troisième pour les entrailles. Les dépouilles funèbres ainsi loties étaient partagées, entre plusieurs églises ou couvents auxquels le défunt voulait laisser un souvenir. Les sépultures viscérales se reconnaissaient aisément au fait que le gisant presse sur sa poitrine un sachet en peau de daim servant de gaine à ses entrailles.


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