• Duguesclin et son père

    En l’an 1337, Charles de Blois, comte de Chatillon et neveu du roi de France Philippe VI épouse Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III, duc de Bretagne. Le mariage est célébré à Rennes où un grand tournoi est organisé à cette occasion.

    En sa qualité de chevalier breton, Robert du Guesclin a été convié à prendre part aux joutes. Son fils le suit, juché sur un cheval de labour dont on n’eut pas donné 4 florins.

    Il y a là nobles familles de Bretagne et d’ailleurs. Ah ! qu’il ferait bon participer à cette liesse ! Mais à quoi bon contempler la gloire des autres ? Désabusé, Bertrand quitte la place et se dirige mélancoliquement vers son hôtel où il voit entrer un sien cousin. Il le suit jusque dans sa chambre et s’agenouille devant lui.

    ­– Ah, cousin, implore-t-il, prêtez-moi votre harnais et votre cheval, s’il vous plaît. Si le faites je jure Dieu que vous aurez récompense de m’avoir aidé aujourd’hui.

    – Vous vous êtes bien adressé, réplique le jeune homme touché par la flamme qui brûle dans les yeux de Bertrand. Je vais vous armer un continent et vous prêter mon valet pour vous aider.

    En un tour de main, Bertrand est armé de pied en cap. Le visage dissimulé par un heaume, il enfourche le cheval de son cousin et, précédé du valet, se dirige vers la place du marché.

    Parvenu dans la lice, ayant recommandé son âme à Dieu, il lance défi à quiconque acceptera de le relever. Ils sont tous là, les Beaumanoir, les Tinténiac, les Rochefort, les Clisson, les Rohan, les Raguenel, les Chateaubriand, les princes de France, à observer cet inconnu qui ose les braver.

    Il est inconnu, en effet, car aucun signe distinctif ne vient indiquer sa naissance ni son rang, afin de n’être pas reconnu par son père.

    Un chevalier se présente. Bertrand s’élance et atteint son adversaire au milieu de la visière, lui arrachant le heaume de la tête. Sous la violence du choc, le cheval est tué : quant au cavalier, il demeure évanoui un moment. Quand, revenu de son inconscience, il s’enquiert du nom de son vainqueur, nul ne peut lui répondre, Bertrand conservant sa visière baissée.

    – Sire, dit un valet, vous ne le saurez que s’il est déheaumé par vous ou par quelque autre.

    Mais déjà, les jeux ont repris. Plusieurs chevaliers, qui voulaient faire voler le heaume de Bertrand sont tour à tour déboutés.

    La curiosité de Robert du Guesclin est à son comble. Quel est donc cet inconnu ? Sûr de son expérience et de sa force, il se présente dans la lice, pique des deux. A son tour, Bertrand éperonne sa monture et s’élance, mais, reconnaissant les armoiries de son père, il abaisse sa lance, fait un écart, et regagne sa place, refusant le combat.

    La foule, qui s’enthousiasme vite, se détourne aussi vite de ceux qui la déçoivent. Leur héros ne serait-il donc qu’un pleutre ?

    Un nouveau champion se présente. Mal lui en prend. Bertrand s’avance hardiment et arrache son heaume de la pointe de sa lance.

    Les ovations reprennent.

    Au total, ils sont une quinzaine à se faire décoiffer par Bertrand ou à voir leurs lances rompues. Finalement, un chevalier normand, renommé pour son adresse, parvient à déheaumer le jeune breton. Stupéfaite, l’assistance ayant reconnue Bertrand, l’enthousiasme se mue en délire.

    Robert du Guesclin s’approche de son fils, qui n’a alors que 17 ans, pour lui donner l’accolade.

    Bon fils, dit-il, je vous assure que je ne vous traiterai plus vilainement, comme je l’ai fait jusqu’alors, puisqu’aujourd’hui, vous m’avez fait honneur.

    Dorénavant, le nom de Bertrand court de bouche en bouche, déborde bien vite de la place du marché pour s’étendre sur toute la Bretagne.


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :